Alors que, les militaires belligérants soudanais devaient mettre fin à leur rivalité et intégrer leurs forces au sein d’un régime civil élu démocratiquement par le peuple soudanais, la violence est de retour dans un pays encerclé par les zones de tensions. L’éclatement de la guerre intestine entre les deux factions adverses soudanaises n’a que confirmé les déficiences géopolitiques partagées dans cette région de l’Afrique.

Les indicateurs les plus apparents du conflit soudanais montrent bien que la géopolitique des frontières du pays a perduré dans l’instabilité   et qu’i il existe plusieurs signes anthropologiques négatifs, qui sont partagés par la majorité des pays de la région.

 Une géopolitique des frontières soudanaises à haut risque

Au Soudan, le cessez-le-feu n’est pas entièrement respecté ni par les Forces armées soudanaises (FAS)[1] ni par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et comme d’habitude dans ce type de conflit intestine, c’est les populations civiles qui payent de leur stabilité et de leur vie. Mais où aller ? Vraiment une géopolitique de frontière tracée à haut risque pour les populations civiles. Il s’agit de sept Etats qui partagent la frontière avec le Soudan, qui sont presque tous en flamme. Leur malheur vient de la richesse de leur sol !

Au nord, quelques 1276 kilomètres sont partagés avec le désert égyptien qui constitue un défi pour le déplacement des personnes. Au début du XIX -ème siècle, le Roi d’Egypte était aussi Roi du Soudan. Après c’est le Soudan qui a été divisé en deux (nord et sud).Certains observateurs attendait aussi l’indépendance du Darfour. Au nord-Ouest, sans compter la rébellion au Darfour, la Lybie partage environ 380 kilomètres de frontières et à l’Ouest plus de 1400 kilomètres sont partagés avec le Tchad. Ces deux Etats aussi riches , sont concernés par l’instabilité et les conflits de même ordre.

 Au sud, le Soudan a des frontières avec la république centre africaine (174 km) et la république du Sud Soudan (environ 1900 km) qui sont des Etats riches , mais dont les populations vivent l’extrême pauvreté et concernés à leur tour par des hautes tentions. Et ce malgré la présence des missions onusiennes de maintien de la paix.  Avec l’Ethiopie pointée du doigt, pour la bonne croissance et les problèmes liés à la sécession de certaines de ses ethnies , le Soudan partage au sud-est des frontières dépassant les 700 kilomètres .Celles ci, ne sont pas stables à cause des litiges liés aux terrains fertiles et au partage de l’eau du Nil bleu et du Nil blanc. Par ailleurs, même l’Erythrée, Etat né suite à une guerre qui a longtemps marqué la région, partage quelques 650 kilomètres de frontières avec le Soudan.  

Aussi, les superficies des territoires soudanais à surveiller sont larges et rendent les frontières poreuses. En cas de diminution des effectifs militaires rappelés à d’autres tâches, les indépendantistes du Darfour  , pourraient profiter de l’occasion, armer les tribus   et déclarer leur indépendance du pouvoir central. D’ailleurs ceux qui les financent de l’étranger vont continuer à le faire et n’attendent que l’occasion pour morceler le pays.

Désormais, le Soudan ne peut pas se permettre le luxe de défendre ses intérêts face à l’Ethiopie sans passer par l’Egypte, qui est un élément clé dans le partage des eaux du Nil. L’instabilité au Soudan permettrait à l’Ethiopie de se consacrer aux sécessionnistes et avoir un ennemi de moins.  Khartoum ne peut pas aussi sécuriser toutes ses frontières sans l’aide des pays arabes particulièrement , ceux qui partagent la même frontière en mer rouge. Le Yémen et la Somalie aussi ne sont pas loin de cette zone de turbulence.

L’installation dans l’immédiat de bases logistiques russes et chinoises non loin du Port-Soudan[2], pour leur permettre d’avoir l’œil sur la mer rouge et l’océan indien, ne va que nuire à la stabilité du Soudan. Car, déjà des puissances occidentales et arabes sont contre la sécurisation de l’or par les Wagner.  

En fait, dans une logique d’absence de pouvoir civil, les deux généraux soudanais rivaux font face à une géopolitique des frontières marquée par les affrontements intestines qui ont presque les mêmes indicateurs avec le voisinage directe. La majorité des antagonistes régionaux cherchent le pouvoir, même par la force et font la guerre par délégation. 

  Un sort régional non choisi par les peuples

Le voisinage frontalier du Soudan s’est toujours caractérisé par une situation sécuritaire et humanitaire fragile et volatile. Cette région a plusieurs points de convergences liés à une histoire coloniale commune, à des convoitises faites au tour des richesses du sol, des population piégées dans leurs zones géographiques et terrifiées par les conflits, sinon déplacées et humiliées, des mentalités identiques et des similitudes dans les systèmes politiques imposés aux peuples par des autocrates. Dans la majorité des pays de cette région, les principes démocratiques de base sont bafouées et seul la force guide les peuples. Il suffit sans entrer dans les détailles, de déchiffrer l’histoire et la sociologie politique de chaque pays de la région, afin de découvrir le jardin secret du despotisme et des convoitises qui les soutiennent.

Cette typologie de confrontation par procuration cache des intérêts économiques pour ne faire montrer aux populations que les indicateurs religieux et politiques. Là il faut chercher qui finance cette fraction et qui soutient l’autre. Nul n’ignore les richesses en or, en pétrole et en d’autres matières stratégiques qu’engorge le sol soudanais et celui de toute la région qui l’avoisine.

 Comme le montre le décryptage régional, les guerres sont financées soit par des Etats voisins soit par des puissances économiques ambitieues , qui veulent bénéficier des différentes richesses minières ou énergétiques. Depuis l’annexion de la Crimée et en passant par les années de la pandémie mondiale, les prix de l’or ont connu une hausse sans précédent. Cela fait surement partie de la politique de dédollarisation. L’or a été acheté en grande masse par la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres pays qui font la guerre contre le Dollar.   

 Les clefs de lecture anthropologiques montrent bien que les populations des pays limitrophes du Soudan sont toutes pauvres, dépendantes de l’agriculture, victimes de souffrances humaines et d’atrocités dans les violences. Les infrastructures sanitaires sont presque inexistantes. Les pannes de courant sont devenues généralisées. Les populations de la région ont toujours été exposées en grand nombre aux épidémies, au manque de vaccination et d’accès à la nourriture. Même avant ce nouveau conflit et malgré la proximité des fleuves, l’eau est en manque et les populations sont souvent exposées aux maladies. Car, l’approvisionnement en eau potable a été interrompue et les citoyens boivent l’eau non traitée.

Ce sont des signes forts du sous-développement, partagés par les habitants de la région frontalière avec le Soudan. Si certains Etats voisins du Soudan ont des groupes armés déjà constitués et sont à base d’alliances politiques changeantes, les deux rivaux ont besoin à leur tour de gonfler les effectifs de leurs armées respectives, en distribuant des armes aux populations civiles y compris aux enfants. Face aux hostilités, les populations fuient les combats alors que dans le passé c’était le Soudan qui abritait les réfugiés des Etats voisins, qui eux aussi se sont déplacés vers d’autres régions du pays ou sont rentrés chez eux.

In fine les parties au conflit soudanais, ne diffèrent pas. Elles ont préféré la tension à la raison et sont devenues des outils d’une guerre par procuration, qui ne peut connaitre facilement de fin. Le scénario que vie actuellement la Lybie pourrait devenir le même au Soudan. Pour l’instant, l’entourage immédiat arabe doit comprendre, que ce n’est nullement pas dans son intérêt de laisser longtemps évoluer cette grave crise. Les tentions au Yémen et en Syrie ont déjà perduré sans qu’elles soient contrôlées par une Ligue Arabe qui est sans décision ou stratégie commune. Le conflit soudanais pourrait traverser la mer rouge , avec d’autres paramètres , s’il trouve un bon entendeur et un ambitieux , qui est prêt à prendre des risques.

Le gagnant de cet affrontement soudanais pourrait donner des avantages à des puissances, qui ne seront pas les bienvenues dans la région. Par contre, le perdant pourrait se servir du scénario de l’opposition de la république centrafricaine ou s’éterniser afin de diviser le pays en deux. Il est aussi fort possible que les combattants étrangers guettent l’occasion pour participer aux combats, s’ils ne sont pas déjà entrés en action avec l’une des parties en conflit . C’est le moment propice pour la Ligue Arabe de se réunir autour d’une table de négociation confiante pour les deux antagonistes , tant que l’attention du monde, est  beaucoup plus tournée vers l’Ukraine et non pas sur l’Afrique.  N’est-il pas encore temps de faire face aux manipulations externes qui déchirent africains et arabes?  


[1]  Le général Abdel Fattah Al-Burhan Chef des FAS, armée régulière soudanaise et Mohamed Hamdane Daglo, dit “Hemeti”, chef des  FSR considérés paramilitaires.

[2] Principal port soudanais sur la mer rouge, il a été aussi touché auparavant par les manifestations sociétales et constitue une fenêtre pour l’exportation du pétrole du Soudan du Sud qui vie de cette ressource.