Sous la direction :

Mr. HANAFI ZAKARIA
Directeur du centre marocain d’analyse et d’anticipation géopolitique, Docteur en relations internationales, et expert en géopolitique et sécurité de défense.

Réalisé par :

Mohammed Achraf El Jaouhary

Étudiant en M2 en gestion des conflits et alliance des civilisations, chercheur au centre marocain d’analyse et d’anticipation géopolitique.

Le vendredi 7 août 2026, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont conclu à La Mecque un accord de défense conjoint, signé par le président turc Recep Tayyip Erdoğan, le prince héritier et Premier ministre saoudien Mohammed ben Salmane et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. Cet accord intervient dans un contexte marqué par la montée desfortes tensions géopolitiques au Moyen-Orient, marqué notamment par les rivalités impliquant l’Iran, les tensions autour du Yémen et les enjeux stratégiques liés au détroit d’Ormuz. Alors, quels sont les intérêts stratégiques, géopolitiques qui se trouvent derrière l’accord de défense conclu entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ?                          Avant de répondre à cette problématique et comprendre les motivations et les enjeux de cette alliance il convient de cerner les caractéristiques des trois pays concernés.

Donc, on va faire un survol historique, leurs caractéristiques religieuses puis leurs positions géographiques et leur importance stratégique, ainsi que sur les principaux foyers de tensions et enjeux sécuritaires actuels auxquels ils sont confrontés. 

Elle permettra ensuite d’analyser leurs orientations géopolitiques et leurs intérêts géoéconomiques.                                                                                                                                                                                                       

    Genèse et évolution historique des trois États                                                   Survol historique de l‘Arabie saoudite :  

L’histoire du Royaume d’Arabie saoudite est liée à la péninsule arabique puisqu’il en occupe la plus grande partie. Il s’est imposé comme la force, la civilisation et le régime le plus important de la région après l’État islamique et le califat Rashidun (632-661 est le premier État musulman dirigé par les quatre premiers califes dits « bien guidés » : Abou Bakr, Omar ibn al-Khattab, Othman ibn Affan et Ali ibn Abi Talib). Ce qui en fait la transition historique la plus importante dans la région arabe depuis des siècles. 

L’histoire moderne du Royaume commence avec la fondation de Dariya en 1446 par l’ancêtre de la Maison des Saoud, Mani ben Rabiah al-Muraidi. La fondation se poursuit jusqu’au règne de l’imam Mohammed ben Saoud, qui a fait passer Dariya du statut de ville-État à celui de capitale du vaste État, marquant ainsi la formation du premier État saoudien en 1727. Après la fin du premier État saoudien en 1818, le deuxième État saoudien est rétabli par l’imam Turki ben Abdellah ben Mohammed ben Saoud en 1824. Après la fin du deuxième État saoudien en 1891, l’État saoudien est rétabli pour la troisième fois par le Roi Abdelaziz ben Abderrahmane ben Fayçal ben Turki ben Abdellah ben Mohammed ben Saoud, avec la récupération de la capitale, Riyad, le 15 janvier 1902.

En 1915, en raison de la guerre, les Britanniques recherchent une alliance dans la Péninsule. Ils reconnaissent les conquêtes d’Ibn Saoud, mais c’est à son principal rival le Chérif Hussein de La Mecque qu’ils font appel pour conduire le soulèvement arabe contre les Ottomans.

Dès 1918, la guerre commence entre Ibn Saoud et le Chérif Hussein. Ibn Saoud étend progressivement son autorité sur les tribus du Sud puis du Nord où, après des heurts avec les Britanniques, il reconnaît les mandats dont il négocie quelques rectifications de frontières.

Lorsque Londres abandonne son soutien au Chérif Hussein, Ibn Saoud attaque le Hedjaz, qu’il contrôle en 1925.

En 1926, Ibn Saoud, devenu Roi du Hedjaz, Sultan du Nedjd (est une région historique du centre de la péninsule Arabique, couvrant, aujourd’hui, les provinces saoudiennes de Riyad, Al Qasim et Haïl), mais aussi maître des Lieux Saints, parvient à imposer le wahhabisme comme faisant partie de l’Islam officiel sunnite.

Contre la reconnaissance de son indépendance, il s’engage à maintenir des relations amicales avec la Grande-Bretagne et renonce à ses revendications sur les émirats du Golfe. Il unifie ensuite toutes ses possessions, et, en 1932, créé le royaume d’Arabie saoudite, auquel il rattache, en 1934, la province du Asir conquise sur le Yémen.

Les années trente correspondent également à la découverte des ressources pétrolières dans la péninsule arabique. Pour contrebalancer le pouvoir des fils de Hussein en Irak et en Jordanie, Ibn Saoud se détourne des Anglais et accorde les premières concessions de recherches pétrolières à des compagnies américaines. La première exploitation commerciale commence en 1939.

 Aujourd’hui, l’Arabie saoudite demeure une monarchie absolue et joue un rôle majeur dans les affaires économiques, religieuses et géopolitiques du Moyen-Orient.

Survol historique de Pakistan:  

L’histoire du Pakistan moderne commence avec la partition des Indes britanniques en 1947. Sous la direction de Muhammad Ali Jinnah, la Ligue musulmane défend la création d’un État destiné aux populations musulmanes du sous-continent. Le 14 août 1947, le Pakistan devientindépendant et est constitué de deux territoires séparés géographiquement : le Pakistan occidental et le Pakistan oriental. La partition provoque d’importants déplacements de populations ainsi que de graves violences entre communautés.      

Dès sa création, le Pakistan est confronté à une importante question territoriale : le Cachemire. En octobre 1947, le maharaja du Jammu-et-Cachemire (les souverains de la dynastie Dogra qui ont dirigé cet État princier de l’Inde britannique de 1846 à 1952) choisit le rattachement à l’Inde, alors que la majorité de la population est musulmane. Cette décision provoque la première guerre indo-pakistanaise (1947-1948) et inaugure une rivalité durable entre les deux États. Le Cachemire demeuredepuis lors l’un des principaux foyers de tensions entre Islamabad et New Delhi.

Les difficultés internes du Pakistan sont également importantes. La distance géographique entre ses deux parties, les différences politiques, économiques et culturelles ainsi que les tensions entre le pouvoir central et le Pakistan oriental fragilisent progressivement l’unité du pays. En 1971, le mouvement autonomiste bengali dirigé par Sheikh Mujibur Rahman réclame davantage d’autonomie. La crise débouche sur une guerre et sur l’intervention de l’Inde. Le Pakistan oriental devient finalement le Bangladesh en décembre 1971, réduisant le Pakistan à sa partie occidentale actuelle.

Après 1971, le Pakistan connaît une histoire politique marquée par l’alternance entre gouvernements civils et régimes militaires, tandis que les relations avec l’Inde, notamment autour du Cachemire, restent au cœur de sa politique étrangère. Cette histoire explique en partie la place stratégique qu’occupe aujourd’hui le Pakistan en Asie du Sud, notamment dans ses relations avec la Chine, l’Inde et l’Afghanistan. 

 Survol historique de la Turquie :  

L’histoire de la Turquie moderne s’inscrit dans la continuité de l’Empire ottoman, qui s’est développé à partir de l’Anatolie à la fin du XIIIᵉ siècle et est devenu progressivement une grande puissance politique et territoriale. À partir du XIXᵉ siècle, l’Empire connaît cependant un affaiblissement marqué par les difficultés économiques et politiques, les mouvements nationalistes et les pertes territoriales. Des réformes sont alors entreprises afin de moderniser l’État et de préserver l’Empire. 

 À la suite de la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman, vaincu, est progressivement démantelé. Le traité de Sèvres de 1920 prévoit notamment le partage d’une grande partie de ses territoires. Mustafa Kemal dirige alors un mouvement nationaliste depuis l’Anatolie et mène la guerre d’indépendance turque. La victoire des nationalistes conduit au traité de Lausanne de 1923, qui reconnaît la souveraineté de la nouvelle Turquie.

  La République de Turquie est proclamée le 29 octobre 1923, avec Mustafa Kemal, devenu Atatürk, comme premier président. Il entreprend une profonde transformation de l’État et de la société, notamment à travers la laïcisation des institutions, la réforme du droit et de l’éducation, l’abolition du califat en 1924 et l’adoption de l’alphabet latin. Ces réformes constituent les fondements du kémalisme, qui marque durablement la République turque.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Turquie s’intègre progressivement au système occidental et devient membre de l’OTAN en 1952. Sa vie politique reste néanmoins marquée par plusieurs crises et interventions militaires. À partir de 2002, l’arrivée au pouvoir de l’AKP et de Recep Tayyip Erdoğan ouvre une nouvelle période, caractérisée notamment par le renforcement de l’influence régionale de la Turquie et par une réévaluation de son rapport à l’héritage ottoman.            

Les caractéristiques religieuses des trois États   

La religion en Arabie saoudite :

L’islam occupe une place centrale dans l’organisation politique, sociale et juridique de l’Arabie saoudite. Le pays abrite les deux principaux lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine, ce qui lui confère une importance particulière dans le monde musulman. L’islam sunnite constitue la religion majoritaire, tandis qu’une minorité chiite est principalement présente dans la province orientale du royaume

L’identité religieuse de l’Arabie saoudite est également marquée par le wahhabisme, courant réformiste sunnite apparu au XVIIIᵉ siècle autour de Muhammad ibn Abd al-Wahhab. Son alliance avec Muhammad ibn Saoud en 1744 a joué un rôle important dans la formation du premier État saoudien et dans l’établissement d’un lien étroit entre pouvoir politique et autorité religieuse. Cette relation historique a profondément influencé les institutions et la société saoudiennes.

Sur le plan juridique, la religion occupe également une place fondamentale. La Loi fondamentale du Royaume établit le Coran et la Sunna comme références essentielles de l’ordre juridique saoudien. Le système religieux officiel s’inscrit dans une interprétation sunnite particulière, historiquement associée au wahhabisme, ce qui distingue le modèle saoudien de nombreux autres États musulmans.

Enfin, l’Arabie saoudite n’est pas religieusement homogène. Une minorité chiite, principalement concentrée dans la province orientale, notamment dans les régions de Qatif et d’Al-Ahsa, coexiste avec la majorité sunnite. Cette diversité confessionnelle constitue une dimension importante de la société saoudienne et a parfois été à l’origine de tensions entre les populations chiites et les autorités.

La religion en Pakistan :

La religion occupe une place fondamentale dans l’identité et la construction politique du Pakistan. Créé en 1947 à partir de la volonté de constituer un État pour les musulmans du sous-continent indien, le Pakistan devient officiellement une République islamique en 1956. La Constitution de 1973 renforce ensuite cette dimension en faisant de l’islam la religion de l’État et en prévoyant que les lois ne doivent pas être contraires aux principes de l’islam.  

La population pakistanaise est très majoritairement musulmane, avec une nette majorité sunnite et une importante minorité chiite. Le sunnisme pakistanais est lui-même traversé par différents courants, notamment les traditions barelvi (un courant de l’islam sunnite de tradition hanafite et d’orientation soufie) et déobandi (école de pensée et un mouvement de renouveau islamique sunnite fondé en 1867 à Deoband, en Inde, au sein de l’école juridique hanafite), tandis que le soufisme occupe historiquement une place importante dans les pratiques religieuses populaires. Cette diversité contribue à la complexité du paysage religieux pakistanais.

La relation entre religion et pouvoir s’est particulièrement renforcée sous le régime du général Zia-ul-Haq (1977-1988). Sa politique d’islamisation a favorisé l’introduction de normes inspirées de la loi islamique dans différents domaines et a renforcé l’influence de certains courants religieux, notamment déobandis. Cette politique a également contribué à accentuer les tensions confessionnelles entre sunnites et chiites. Dans le contexte pakistanais, la notion de « sectarisme » désigne le conflit entre les communautés sunnites et chiites qui représentent respectivement environ 80 % et 20 % de la population. L’Asie du Sud a une longue tradition de violences confessionnelles entre sunnites et chiites, notamment sous la forme d’incidents isolés, à l’occasion des processions de Moharram. Les divergences doctrinales restent largement de l’ordre du débat théologique et n’ont longtemps concerné qu’une minorité de la population. Pour l’essentiel, sunnites et chiites coexistent en bonne entente et les mariages intercommunautaires sont fréquents.

La religion en Turquie :

La religion occupe une place particulière dans la construction de l’identité turque contemporaine. Bien que la Turquie soit officiellement un État laïque, l’islam demeure une composante importante de la société et de l’identité nationale. La République fondée par Mustafa Kemal Atatürk en 1923 a instauré une conception de la laïcité visant à placer la religion sous le contrôle de l’État. Cette politique s’est notamment traduite par la création de la Direction des Affaires religieuses (Diyanet), chargée d’organiser et d’encadrer le culte musulman sunnite. 

L’islam turc est majoritairement sunnite, principalement de tradition hanafite, mais la société religieuse turque est également caractérisée par une importante diversité. Les Alévis constituent notamment un courant religieux majeur, avec des croyances et des pratiques distinctes du sunnisme dominant. Leur reconnaissance par l’État constitue depuis plusieurs décennies une question importante dans les débats sur les droits religieux et la laïcité en Turquie.

Les positions géographiques et l’importance stratégique des trois Etats :

Position géographique et importance stratégique de l’Arabie saoudite

Encyclopædia Universalis France

L’Arabie saoudite occupe une position centrale dans la péninsule Arabique, dont elle constitue la majeure partie du territoire. Elle est bordée à l’ouest par la mer Rouge et à l’est par le golfe Persique, tandis qu’elle partage ses frontières avec la Jordanie, l’Irak, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis, Oman et le Yémen. Cette situation lui permet d’être à la jonction de plusieurs espaces géographiques majeurs : le Moyen-Orient, la mer Rouge, le golfe Persique et l’océan Indien. La présence simultanée de deux façades maritimes constitue un avantage géostratégique important pour le royaume.

La position de l’Arabie saoudite est également stratégique en raison de sa proximité avec plusieurs grands axes maritimes internationaux. À l’ouest, la mer Rouge constitue une voie de communication entre la Méditerranée et l’océan Indien à travers le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb. À l’est, le golfe Persique donne accès au détroit d’Ormuz, par lequel transite une part considérable des exportations d’hydrocarbures de la région. L’Arabie saoudite dispose ainsi d’une position particulièrement importante pour la sécurité des routes maritimes et des approvisionnements énergétiques mondiaux. 

L’importance stratégique de l’Arabie saoudite repose surtout sur ses ressources énergétiques. Le pays possède d’importantes réserves de pétrole et occupe une position centrale dans le système énergétique du golfe Persique. Sa façade orientale est directement située au cœur de la principale région pétrolière du Moyen-Orient. Cette concentration des ressources, associée aux infrastructures d’exportation et à la proximité du détroit d’Ormuz, donne à l’Arabie saoudite un poids considérable dans les équilibres énergétiques et géopolitiques internationaux. 

Position géographique et importance stratégique de Pakistan :

geology.com

Le Pakistan occupe une position géographique stratégique en Asie du Sud. Il est situé entre plusieurs grands ensembles géopolitiques : il partage ses frontières avec l’Inde à l’est, l’Afghanistan à l’ouest, l’Iran au sud-ouest et la Chine au nord-est, tandis que sa façade méridionale s’ouvre sur la mer d’Arabie. Cette localisation place le Pakistan à l’intersection de l’Asie du Sud, de l’Asie centrale, du Moyen-Orient et de la Chine, ce qui lui donne une importance particulière dans les échanges et les rapports de puissance régionaux.

Cette position est particulièrement importante sur le plan maritime et commercial. Avec plus de 1 000 km de façade maritime, le Pakistan dispose de plusieurs ports, notamment Karachi, Port Qasim et Gwadar. Ses infrastructures maritimes se trouvent à proximité de deux grandes routes commerciales mondiales, le canal de Suez et le détroit de Malacca, ce qui offre au pays un potentiel important pour le transit, le commerce et la connectivité entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe.

Le port de Gwadar constitue toutefois l’un des principaux éléments de l’importance géostratégique du Pakistan. Situé sur la côte du Baloutchistan, à proximité du détroit d’Ormuz, il occupe une position privilégiée à l’entrée du golfe Persique. Son développement s’inscrit dans le China-Pakistan Economic Corridor (CPEC), qui relie le port de Gwadar à la région chinoise du Xinjiang. Ce corridor vise notamment à renforcer les échanges entre la Chine, le Pakistan, l’Asie centrale et le Moyen-Orient.

Position géographique et importance stratégique de la Turquie :

Screenshot

Mappemonde

La Turquie occupe une position géographique exceptionnelle au carrefour de l’Europe et de l’Asie. Son territoire s’étend principalement sur la péninsule anatolienne en Asie, tandis qu’une partie se situe en Thrace orientale, en Europe. Elle est entourée par la mer Noire au nord, la mer Égée à l’ouest et la Méditerranée au sud, et partage ses frontières avec la Grèce, la Bulgarie, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Cette localisation place la Turquie à la rencontre de plusieurs espaces géopolitiques : l’Europe, le Caucase, le Moyen-Orient, la Méditerranée et l’Asie centrale.

L’un des principaux atouts géostratégiques de la Turquie réside dans le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles, qui relient la mer Noire à la Méditerranée en passant par la mer de Marmara. Ces passages constituent une voie maritime essentielle pour les États riverains de la mer Noire, notamment la Russie. La Convention de Montreux de 1936 confère à la Turquie un rôle déterminant dans la réglementation de la circulation des navires, notamment militaires, à travers ces détroits. Cette situation donne à Ankara un poids important dans les équilibres de sécurité de la mer Noire et de la Méditerranée orientale.

La position de la Turquie lui confère également une importance majeure dans les échanges énergétiques internationaux. Située entre les régions productrices d’hydrocarbures du Caucase, de la mer Caspienne et du Moyen-Orient et les marchés européens, elle constitue un espace de transit pour plusieurs infrastructures énergétiques. Sa position permet notamment de diversifier les voies d’acheminement du pétrole et du gaz vers l’Europe, en évitant certains territoires concurrents. La Turquie cherche ainsi à transformer sa localisation en véritable avantage géoéconomique.

Les principaux foyers de tensions et enjeux sécuritaires actuels des trois Etats :

Les tensions régionales et enjeux de sécurité en Arabie saoudite :

L’Arabie saoudite fait face à plusieurs foyers de tensions régionaux qui influencent directement sa sécurité. Le premier est lié à la situation au Yémen, où les Houthis constituent une menace importante pour le royaume en raison de leur proximité géographique et de leurs capacités militaires. La guerre au Yémen a également renforcé les risques autour du détroit de Bab el-Mandeb et de la mer Rouge, des espaces essentiels pour les intérêts économiques et commerciaux saoudiens. En 2026, la question yéménite reste ainsi au cœur des préoccupations sécuritaires de Riyad. 

Un deuxième enjeu majeur concerne la rivalité avec l’Iran. Les deux puissances ont longtemps été engagées dans une compétition pour l’influence au Moyen-Orient, notamment au Yémen, en Irak, au Liban et en Syrie. Même si Riyad a engagé une politique de désescalade et de dialogue avec Téhéran, la rivalité stratégique demeure, notamment en raison des questions de sécurité du golfe Persique et de l’influence iranienne auprès de différents acteurs régionaux.

La sécurité de la mer Rouge constitue également un enjeu essentiel pour l’Arabie saoudite. Les attaques des Houthis contre des navires commerciaux ont accru les risques dans cette zone et menacé indirectement les projets économiques saoudiens développés sur la façade de la mer Rouge. Riyad cherche donc à renforcer la stabilité de cet espace maritime et à développer des coopérations avec différents États de la région afin de protéger ses intérêts économiques et stratégiques.

Enfin, l’Arabie saoudite doit également gérer de nouvelles rivalités entre puissances régionales, notamment avec les Émirats arabes unis. Alors que Riyad et Abou Dhabi étaient auparavant des partenaires étroits, leurs divergences concernant le Yémen, la mer Rouge et la Corne de l’Afrique se sont accentuées. Cette évolution pousse l’Arabie saoudite à rechercher de nouveaux partenariats sécuritaires et à renforcer son rôle de puissance régionale.

Les tensions régionales et enjeux de sécurité en Pakistan :

Le Pakistan est confronté à un environnement sécuritaire particulièrement complexe, marqué en premier lieu par la dégradation de ses relations avec l’Afghanistan. Depuis plusieurs années, Islamabad accuse les autorités afghanes de laisser le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) utiliser le territoire afghan comme base arrière pour mener des attaques contre le Pakistan. Cette question s’est transformée en véritable crise sécuritaire en 2026, avec une multiplication des affrontements et des frappes militaires entre les deux pays.

Un deuxième foyer majeur de tension reste la rivalité avec l’Inde, principalement autour du Cachemire. Depuis la création des deux États en 1947, le différend territorial constitue l’un des principaux facteurs d’instabilité en Asie du Sud. Cette rivalité possède une dimension particulièrement dangereuse puisque les deux pays disposent de l’arme nucléaire. La compétition militaire entre Islamabad et New Delhi influence donc directement la politique de défense pakistanaise et représente un enjeu majeur pour la stabilité régionale.

Enfin, la sécurité nucléaire constitue un enjeu stratégique majeur pour le Pakistan. La rivalité avec l’Inde, combinée aux crises militaires récurrentes entre les deux puissances, fait de la maîtrise de l’escalade nucléaire une question essentielle pour la sécurité régionale et internationale. Le Pakistan cherche ainsi à maintenir une capacité de dissuasion crédible face à l’Inde tout en évitant qu’une crise conventionnelle ne dégénère en confrontation nucléaire.

Les tensions régionales et enjeux de sécurité en Turquie :  

La Turquie évolue dans un environnement régional marqué par plusieurs foyers de tension, notamment en Syrie, en Irak, en mer Noire et en Méditerranée orientale. Sa position géographique la place à proximité directe de plusieurs zones de conflit, ce qui pousse Ankara à adopter une politique étrangère de plus en plus active et à développer ses capacités militaires. Depuis les années 2010, la Turquie est ainsi intervenue directement ou indirectement dans plusieurs crises régionales afin de protéger ses intérêts sécuritaires et d’accroître son influence.

La question kurde constitue l’un des principaux enjeux sécuritaires de la Turquie. Ankara considère le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) comme une menace majeure pour son intégrité territoriale et mène depuis plusieurs décennies des opérations contre ses bases en Turquie, en Irak et en Syrie. La présence de groupes kurdes liés au PKK à proximité de ses frontières, notamment les forces kurdes syriennes, constitue également une source de préoccupation pour les autorités turques.

La Syrie représente également un enjeu sécuritaire majeur. La guerre civile syrienne a directement affecté la Turquie par l’arrivée de millions de réfugiés, la présence de groupes armés et surtout l’établissement d’une zone contrôlée par des forces kurdes à proximité de la frontière turque. Ankara a donc mené plusieurs opérations militaires dans le nord de la Syrie afin d’empêcher la consolidation d’une entité kurde qu’elle considère comme liée au PKK et de sécuriser sa frontière méridionale.

La Turquie est également confrontée à des tensions en Méditerranée orientale, notamment avec la Grèce et Chypre, autour des frontières maritimes, des ressources énergétiques et de la délimitation des zones économiques exclusives. Ankara défend notamment la doctrine de la « Patrie bleue » (Mavi Vatan), qui vise à renforcer ses intérêts maritimes en Méditerranée orientale, en mer Égée et en mer Noire. Cette politique contribue à des tensions régulières avec certains États voisins et avec plusieurs partenaires européens.

Les enjeux du nouveau pacte de défense tripartite à la Mecque :

Après cette analyse géopolitique et géoéconomique de l’Arabie saoudite, du Pakistan et de la Turquie, il est possible de mieux cerner la portée stratégique de cette alliance. Le pacte de défense ne constitue pas seulement un accord militaire : il traduit une volonté commune de renforcer la sécurité des trois États, d’accroître leur capacité de défense et de consolider leur poids dans leurs espaces régionaux.

L’un des éléments les plus cruciales de l’accord est l’instauration d’un principe de défense collective. Ce dernier prévoit qu’une attaque armée extérieure contre l’un des trois signataires sera considérée comme une agression contre l’ensemble des trois États. Cette disposition rappelle le principe de l’article 5 de l’OTAN et donne au pacte une dimension particulièrement défensive.  Le pacte permet ainsi de passer d’une simple coopération militaire à une forme de solidarité stratégique.

Pour l’Arabie saoudite, cet accord répond à la nécessité de renforcer sa sécurité dans un environnement régional marqué par la multiplication des tensions. Les attaques visant le territoire saoudien, les tensions avec l’Iran et passant par l’instabilité provenant notamment du Yémen ont montré les limites d’une stratégie reposant sur un nombre limité de partenaires. La coopération avec le Pakistan et la Turquie offre à l’Arabie saoudite des garanties supplémentaires et lui permet de diversifier ses partenariats de défense.

L’enjeu est également de renforcer sa capacité de défense sans dépendre exclusivement du soutien militaire américain on rappelle dans ce cadre l’accord de Quincy conclu le 14 février 1945 entre le président des États-Unis Franklin Roosevelt et le roi d’Arabie saoudite Abdelaziz ibn Saoud. Il fonde l’alliance stratégique entre les deux pays : la sécurité militaire du royaume contre la garantie d’accès au pétrole. 

Le Pakistan trouve aussi un intérêt important dans cette nouvelle configuration. Le pays dispose d’une armée massive et d’une capacité nucléaire intéressante, mais demeure confronté à une situation sécuritaire complexe, notamment en raison de sa rivalité avec l’Inde principalement autour du Cachemire. Le rapprochement avec l’Arabie saoudite et la Turquie lui permet d’élargir son réseau d’alliés stratégiques et de renforcer sa présence diplomatique au Moyen-Orient. L’accord offre également au Pakistan l’occasion de valoriser ses capacités militaires et de consolider ses relations avec deux puissances régionales importantes.

Du côté de la Turquie, le pacte représente un moyen supplémentaire d’accroître son influence et son autonomie stratégique. Grâce à son industrie de défense, à son expérience militaire et à sa position géographique entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie, elle possède des atouts importants à mettre au service de cette coopération. Le rapprochement avec l’Arabie saoudite et Pakistan lui permet également de renforcer ses relations avec le monde musulman et de développer un réseau de partenariats qui dépasse son environnement euro-atlantique classique.

Cette alliance traduit une volonté de rééquilibrer les dépendances stratégiques. Les trois pays entretiennent des relations avec les grandes puissances, notamment les États-Unis, mais cherchent parallèlement à développer leurs propres mécanismes de coopération. Le pacte peut donc être interprété comme une tentative de renforcer une capacité d’action régionale autonome.

Ainsi, les enjeux du pacte dépassent largement la seule coopération militaire. Il vise à renforcer la défense collective, améliorer la sécurité des trois partenaires, accroître leur autonomie stratégique et modifier progressivement les rapports de puissance au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Sa véritable portée dépendra cependant de la manière dont les trois États transformeront cet engagement politique en mécanismes concrets de coopération et de défense.