Sous la direction de Hanafi Zakaria,
Auteurs
Assia BENALLOUM : Doctorante Monitrice à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Mohammedia- Université Hassan II de Casablanca
E-mail : Assia.benalloum@hotmail.com
Latifa EL CADI : Enseignante-Chercheuse à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP) – Université Chouaib Doukkali d’El Jadida
E-mail : latifaelcadi@hotmail.com
Introduction
Depuis le déclenchement de la guerre civile en 2014, le Yémen s’est progressivement imposé comme l’un des principaux espaces de confrontation et de recomposition des rapports de puissance au Moyen-Orient. Situé à l’extrémité sud-ouest de la péninsule Arabique, le pays occupe une position géographique particulière, à la jonction de la mer Rouge, du golfe d’Aden et de l’océan Indien. Sa proximité avec l’Arabie saoudite, ainsi que son accès au détroit de Bab el-Mandeb, l’un des principaux points de passage du commerce maritime international, confèrent au territoire yéménite une importance qui dépasse largement ses seules dynamiques internes.
La prise de Sanaa par les Houthis en septembre 2014, puis l’effondrement progressif de l’ordre politique établi, ont transformé cette crise nationale en un enjeu régional. En mars 2015, l’Arabie saoudite prend la tête d’une coalition militaire intervenant au Yémen afin de soutenir le gouvernement reconnu internationalement et de contenir l’avancée des Houthis. Les Emirats arabes unis (EAU) constituent alors l’un des principaux membres de cette coalition.
Malgré l’adhésion à une seule et même coalition, l’Arabie saoudite et les EAU ne conçoivent pas nécessairement de la même manière les menaces auxquelles ils sont confrontés, les acteurs yéménites susceptibles de préserver leurs intérêts, ni les modalités permettant d’exercer une influence durable sur le pays. Au fil du conflit, cette différenciation s’est notamment manifestée à travers le soutien accordé à des acteurs locaux distincts, les priorités accordées au nord et au sud du Yémen, ainsi que l’importance particulière accordée par les EAU aux espaces côtiers, aux ports et aux routes maritimes.
Le cas yéménite permet d’observer une évolution qui dépasse la seule dynamique de la guerre civile. L’évolution du conflit révèle progressivement la combinaison de plusieurs instruments de puissance dont l’intervention militaire, le soutien à des partenaires locaux, la construction de réseaux d’influence, la sécurisation d’espaces stratégiques et le recours croissant aux instruments diplomatiques.
Dans ce contexte, une question centrale s’impose : dans quelle mesure l’engagement de l’Arabie saoudite et des EAU au Yémen a-t-il contribué à transformer leurs modes de projection de puissance ? L’analyse proposée considère le conflit yéménite comme un observatoire des transformations des stratégies régionales saoudiennes et émiraties. Elle examine d’abord les logiques et les instruments propres à chacune des deux puissances, avant d’analyser la différenciation progressive de leurs stratégies et les tensions qui en ont résulté.
I- L’intervention au Yémen : deux puissances, deux logiques de projection
A- L’Arabie saoudite : sécuriser le voisinage et contenir les menaces
L’Arabie saoudite occupe une place centrale dans les dynamiques politiques et sécuritaires yéménites, en raison de la profondeur historique de ses relations avec son voisin méridional. La relation entre les deux Etats a longtemps été structurée par une asymétrie de puissance, l’Arabie Saoudite cherchant à préserver un environnement yéménite suffisamment stable pour éviter les répercussions sécuritaires de son effondrement, tout en veillant à ce que le Yémenne dispose pas d’une capacité politique et militaire susceptible de remettre en cause sa prééminence régionale. Cette relation de voisinage constitue un élément essentiel pour comprendre les motivations de l’engagement saoudien dans la guerre civile.
L’intervention militaire de mars 2015 marque, à cet égard, une inflexion importante de la politique étrangère du Royaume. Jusqu’alors, l’Arabie Saoudite avait privilégié des instruments d’influence politique, économique et sécuritaire dans la gestion de ses relations avec le Yémen. Le lancement de l’opération « Tempête décisive » traduit le passage à une intervention militaire régionale de grande ampleur, officiellement assumée par les autorités saoudiennes. Ce changement s’inscrit dans une transformation plus générale de la posture extérieure du Royaume, amorcée à la suite des bouleversements régionaux de 2011.
L’engagement saoudien au Yémen en 2015 s’articule autour de trois objectifs officiellement présentés dans la lettre adressée au Conseil de sécurité des Nations unies le 26 mars 2015 par les représentants permanents des États membres de la coalition. Le premier consiste à rétablir le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi, dont la légitimité institutionnelle était reconnue par la communauté internationale. Le deuxième objectif réside dans l’endiguement de l’expansion territoriale et militaire des Houthis. L’expansion croissante de ces derniers représentait une préoccupation sécuritaire immédiate, compte tenu de la proximité géographique des zones de confrontation avec sa frontière méridionale. Le troisième objectif concerne la limitation de l’influence iranienne au Yémen et, plus largement, dans la péninsule Arabique.
Pour poursuivre ces objectifs, l’Arabie saoudite a déployé une stratégie combinant intervention militaire directe, soutien aux forces gouvernementales et financement de formations armées locales. Sur le plan opérationnel, l’Arabie Saoudite a assumé une part importante des opérations dans le nord du pays, tout en mobilisant et en équipant des éléments des forces armées yéménites restés fidèles au gouvernement reconnu internationalement. Ces forces, renforcées par de nouvelles recrues, ont été engagées dans les opérations terrestres avec l’appui de l’aviation saoudienne.
La dimension économique et géostratégique complète cette lecture. Les ressources pétrolières des régions orientales du Yémen, notamment celles de l’Hadramaout, ainsi que les possibilités d’accès à la mer d’Arabie, constituent des éléments importants dans l’appréciation des intérêts saoudiens. La perspective d’une exploitation accrue des ressources énergétiques yéménites et les projets évoqués de connexion par oléoduc entre les zones pétrolières saoudiennes et le littoral méridional du Yémen ont également été avancés dans les analyses des motivations stratégiques du Royaume. Ces considérations doivent toutefois être distinguées des objectifs officiellement déclarés de l’intervention.
A partir de 2020, la politique étrangère saoudienne connaît une nouvelle inflexion, marquée par une recherche accrue de désescalade et de normalisation des relations régionales. Cette évolution s’inscrit dans le contexte de la Vision 2030, lancée sous l’impulsion de Mohammed ben Salmane, qui vise à diversifier l’économie nationale et à réduire sa dépendance aux revenus pétroliers.
Au Yémen, cette inflexion se traduit par une évolution progressive de la posture saoudienne. Depuis la trêve négociée sous l’égide des Nations unies en 2022, les affrontements transfrontaliers ont considérablement diminué, malgré l’absence d’un accord de paix global. Les contacts directs entre responsables saoudiens et représentants des Houthis, notamment les discussions conduites à Sanaa en 2023 sous médiation omanaise, illustrent cette recherche d’une issue négociée. L’assouplissement de certaines restrictions sur les importations transitant par les ports contrôlés par les Houthis accompagne également cette dynamique.
B- Les Emirats arabes unis : projeter une influence par les acteurs locaux et les espaces stratégiques
L’engagement des EAU au Yémen s’inscrit dans une stratégie de projection maritime dont les fondements sont antérieurs au déclenchement de la guerre civile. Depuis plusieurs années, Abou Dhabi cherche à renforcer sa présence le long des principaux axes commerciaux reliant la mer Rouge, le golfe d’Aden et l’océan Indien. Cette orientation s’est notamment traduite par le développement de partenariats et d’une présence économique et sécuritaire dans la Corne de l’Afrique, avant de trouver un prolongement sur le littoral yéménite (Carte 1). La position géographique du Yémen, à proximité de plusieurs passages maritimes stratégiques, lui confère ainsi une place particulière dans la politique régionale émiratie.
Carte 1 : Présence des EAU dans la Corne de l’Afrique
Source : WILSON, Tom; ANDREW, England, Middle East’s Power Struggle Moves to the Horn of Africa. Financial Times, 2019, Disponible sur : https://www.ft.com/content/53b8b78c-90f2-11e9-b7ea-60e35ef678d2?syn-25a6b1a6=1 , Consulter le : 13/09/2026
Au Yémen, cette orientation s’est particulièrement manifestée dans les régions méridionales, où les EAU ont associé leur présence militaire au développement de partenariats avec des forces politiques et armées locales. Leur engagement répond à plusieurs considérations, parmi lesquelles la lutte contre les organisations terroristes, la limitation de l’influence de mouvements islamistes, la sécurisation des espaces côtiers et le renforcement de leur positiondans les équilibres régionaux.
La poursuite de ces objectifs s’est accompagnée de la constitution et du renforcement de plusieurs formations armées locales soutenues par les EAU. Parmi les principales figurent les forces de la Ceinture de sécurité, les Brigades Amaliqa, ainsi que les forces d’élite de l’Hadramaout et de Shabwa. Leur déploiement a permis à Abou Dhabi de consolider des relais militaires dans plusieurs régions du Sud, notamment à proximité des ports, des zones de production pétrolière et gazière et des infrastructures d’exportation.
Cette politique de soutien aux acteurs locaux s’est accompagnée d’un rapprochement avec le mouvement séparatiste sudiste, devenu l’un des principaux interlocuteurs des EAU dans le conflit. Le mouvement sudiste, généralement désigné sous le nom de Hirak, est apparu en 2007 autour de revendications politiques et territoriales relatives à la situation de l’ancien Yémen du Sud. En mai 2017, la création du Conseil de transition du Sud (CTS), sous l’impulsion d’anciens responsables du gouvernement yéménite, a institutionnalisé une partie de cette dynamique séparatiste.
Depuis le lancement de l’intervention en 2015, les EAU ont concentré une part importante de leurs efforts sur les gouvernorats méridionaux, avec Aden comme principal point d’ancrage. La ville présente un intérêt particulier en raison de sa position sur le golfe d’Aden et de ses infrastructures portuaires et aéroportuaires. L’implication émiratie dans la reconstruction de certaines infrastructures et le développement de relations avec les autorités locales ont accompagné le renforcement de leur présence dans cet espace. La présence émiratie au sud du Yémen répond à une logique de sécurisation des axes maritimes, mais elle permet également de disposer de relais politiques et militaires dans des territoires où se concentrent des infrastructures économiques et stratégiques.
Toutefois, l’évolution du conflit a progressivement conduit les autorités émiraties à réexaminer les modalités de leur engagement. L’année 2019 marque, à cet égard, un tournant majeur, caractérisé par l’annonce du retrait des troupes émiraties d’Aden et le transfert de certaines responsabilités sécuritaires à l’Arabie saoudite. Abou Dhabi a également présenté son désengagement de plusieurs positions, notamment dans la région de Hodeïda, comme un« redéploiement stratégique ». Cette décision intervient dans un contexte marqué par la multiplication des coûts militaires, les difficultés rencontrées par la coalition et la nécessité de réévaluer les priorités de l’engagement émirati.
Le redéploiement ne s’est cependant pas accompagné d’un abandon des réseaux d’influence constitués depuis 2015. Les EAU ont maintenu leur soutien à plusieurs formations armées méridionales et conservé des positions dans des espaces considérés comme stratégiques.
La réduction de la présence militaire directe a également eu des conséquences sur les rapports de force au Yémen. Le redéploiement émirati a modifié la répartition des responsabilités au sein de la coalition et contribué à une recomposition des équilibres entre les différentes formations politico-militaires. Dans plusieurs secteurs, l’Arabie saoudite a été amenée à renforcer sa présence afin de reprendre certaines positions stratégiques précédemment occupées par les forces émiraties. Parallèlement, les affrontements entre les Houthis et les forces gouvernementales se sont poursuivis, illustrant les limites d’une stratégie de retrait militaire qui ne s’accompagne pas d’un règlement politique global.
II- D’une coalition à des stratégies différenciées : les lignes de fracture saoudo-émiraties
Dès le lancement de l’intervention militaire en mars 2015, l’Arabie saoudite et les EAU ont réparti leurs engagements entre les différents fronts yéménites. Riyad a principalement concentré ses opérations sur la lutte contre les Houthis, notamment par les frappes aériennes dans le nord, tandis qu’Abou Dhabi a investi davantage le théâtre terrestre méridional (Carte 2). Cette répartition a favorisé l’implantation des EAU dans les provinces du Sud, où le soutien financier, militaire et logistique accordé aux formations armées locales leur a permis de développer des relais d’influence relativement autonomes. Progressivement, les priorités émiraties ont ainsi divergé de celles de la coalition, en particulier de celles de son principal partenaire saoudien.
Carte 2 : Présence militaire de l’Arabie Saoudite et des EAU au Yémen (2019)
Source: SANAA CENTER FOR STRATEGIC STUDIES, War’s Elusive End- The Yemen Annual Review 2019, 2020
Cette divergence s’est d’abord manifestée dans le rapport des deux Etats au parti Islah. Alors que Riyad a conservé des relations avec cette formation, dont l’influence au sein du gouvernement de Hadi et de certaines structures militaires constituait un appui dans la conduite de la guerre, Abou Dhabi a privilégié son exclusion du paysage politique et sécuritaire méridional. Associé aux Frères musulmans par les autorités émiraties, Islah s’inscrivait dans une catégorie de mouvements islamistes auxquels les EAU s’opposaient. Le soutien apporté aux forces méridionales et au CTS, créé en 2017, a contribué à cette politique d’éviction.
Les divergences portaient également sur l’avenir institutionnel et territorial du Yémen. L’Arabie saoudite a défendu le maintien de l’unité du pays, considérant qu’un gouvernement central soutenu par Riyad et disposant d’une autorité sur l’ensemble du territoire pouvait faciliter la gestion de sa frontière méridionale. Les EAU, de leur côté, ont développé des relations privilégiées avec les acteurs favorables à une autonomie renforcée, voire à l’indépendance du Sud. Cette orientation s’inscrivait dans leurs intérêts maritimes et dans leur volonté de préserver une influence sur les littoraux et les infrastructures stratégiques.
Ces divergences ont progressivement gagné le terrain militaire. A partir de 2017, les tensions entre les EAU et le gouvernement de Hadi se sont accentuées autour du soutien émirati aux forces séparatistes. La création du CTS a renforcé cette dynamique, celui-ci contestant l’autorité du gouvernement internationalement reconnu et cherchant à consolider sa légitimité politique et territoriale. Les affrontements d’Aden en 2018, notamment autour du palais présidentiel d’Al-Maashiq et des installations militaires et sécuritaires, ont illustré les conséquences de cette concurrence entre partenaires de la coalition.
Le redéploiement militaire émirati annoncé en 2019 n’a pas mis fin à cette dynamique. Les forces méridionales soutenues par Abou Dhabi ont conservé leurs capacités et poursuivi leur expansion, entrant régulièrement en confrontation avec les unités gouvernementales appuyées par Riyad. La prise de contrôle d’Aden par les forces de la Ceinture de sécurité et l’annonce, en 2020, d’une administration autonome des régions méridionales par le CTS ont accentué la fragmentation des structures politiques et sécuritaires dans les territoires contrôlés par la coalition. Ces évolutions ont fragilisé la cohésion de l’effort militaire commun et rendu plus difficile la restauration d’une autorité gouvernementale unifiée.
Les événements de décembre 2025 ont donné une nouvelle dimension à cette rivalité. Le CTS a lancé une offensive dans les provinces orientales d’Hadramaout et d’al-Mahra, étendant son emprise sur des espaces stratégiques proches de la frontière saoudienne et comprenant des ressources énergétiques importantes. Cette progression a suscité une réaction de Riyad, qui a considéré l’avancée des forces séparatistes comme une question de sécurité nationale et accusé Abou Dhabi de soutenir leur expansion. Les affrontements avec les forces liées au gouvernement internationalement reconnu ont alors ouvert une nouvelle phase de confrontation entre les réseaux militaires associés aux deux puissances.
En janvier 2026, les forces soutenues par l’Arabie saoudite ont repris plusieurs positions dans les provinces orientales. L’annonce de la dissolution du CTS, faite depuis Riyad le 9 janvier2026 à l’issue de discussions entre certains de ses dirigeants, a toutefois été contestée par son porte-parole, révélant des divisions au sein même du mouvement. Cet épisode a mis en évidence la profondeur de la crise entre l’Arabie Saoudite et les EAU, tout en soulignant les limites de l’autonomie politique des formations locales soutenues par les puissances régionales.
Au-delà des affrontements ponctuels, la trajectoire yéménite révèle la transformation des rapports entre les deux partenaires du Golfe. Le recours aux acteurs locaux a permis aux EAUde maintenir des leviers d’influence après la réduction de leur présence militaire directe, tandis que l’Arabie saoudite a dû composer avec une configuration sécuritaire fragmentée à proximité de ses frontières. Le Yémen constitue donc un terrain où la coopération militaire initiale a progressivement évolué vers une concurrence stratégique, révélant l’affirmation de priorités émiraties propres au sein de l’ordre régional du Golfe.
Conclusion
L’analyse de l’engagement de l’Arabie saoudite et des EAU au Yémen a révélé une transformation progressive des modalités de projection de puissance dans la péninsule Arabique. Initialement inscrite dans une intervention militaire commune, cette présence a progressivement donné lieu à des stratégies différenciées, structurées par des impératifs sécuritaires, des intérêts économiques et des perceptions distinctes de l’environnement régional.
Pour l’Arabie saoudite, le Yémen demeure étroitement lié à la profondeur de sa sécurité nationale. La proximité géographique, la porosité de la frontière méridionale et la présence du mouvement des Houthis disposant de capacités militaires ont placé la stabilité du voisinage immédiat au centre de ses préoccupations. Les EAU ont, pour leur part, développé une stratégie reposant davantage sur la constitution de relais locaux et l’investissement des espaces maritimes et côtiers. Cette orientation traduit une conception de la puissance régionale dans laquelle les infrastructures stratégiques, les routes commerciales et les partenariats sécuritaires occupent une place centrale.
La coexistence de ces deux logiques a progressivement modifié la nature de leur coopération. Si Riyad et Abou Dhabi ont initialement convergé autour de la lutte contre l’expansion des Houthis et du soutien au gouvernement de Hadi, leurs divergences concernant Islah, l’avenir territorial du Yémen et le choix des partenaires locaux ont contribué à fragmenter les structures politiques et militaires des territoires concernés.
A cet égard, le cas yéménite permet d’observer une évolution des rapports de puissance au sein du Golfe. L’affirmation des Emirats comme acteur stratégique disposant de ses propres réseaux d’influence remet en question les formes traditionnelles de coordination entre les deux Etats. Le recours aux acteurs locaux a notamment créé des rapports de dépendance et de concurrence qui rendent toute recomposition sécuritaire particulièrement complexe.
Le Yémen devient donc un espace à partir duquel se redéfinissent les intérêts, les instruments d’action et les relations mutuelles de l’Arabie Saoudite et des EAU. L’évolution du conflit montre que la projection de puissance se mesure, en plus de la capacité militaire déployée, parl’aptitude à structurer des alliances locales, à préserver des positions stratégiques et à peser sur les configurations politiques à venir.
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HANAFI ZAKARIA Docteur en relations internationales, conférencier et expert en géopolitique et sécurité de défense.