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4-La prévalence du secret pour la diplomatie officielle et militaire

L’opinion internationale est partagée entre la diplomatie publique et la diplomatie du secret au nom de la transparence et les principes qui veulent que le gouvernement puisse partager ses engagements secrets, avec les élus et même avec les médias, qui sont souvent derrière des scoops. Des traités signés en secret nuisent aux intérêts stratégiques des pays. C’est le cas des accords signés entre les puissances coloniales et les pays colonisés qui ont été appliqués pendant plusieurs décennies sans prendre en considération l’avis des populations. Le secret demeure un élément capital pour la protection des intérêts nationaux et prive l’adversaire de toute anticipation qui peut orienter les discussions ou les décisions. La divulgation du secret pourrait nuire la sécurité du pays et sa stratégie lors des négociations menant à la paix entre antagonistes. Il est considéré dans l’éthique professionnelle diplomatique comme une pratique légitime à appliquer et protéger. Le militaire avant qu’il ne soit conseiller dans une organisation ou attaché de défense, est éduqué dans un environnement qui veille sur le respect des consignes de sécurité. Il s’agit de limiter le partage des informations selon l’habilitation de sécurité du personnel, son comportement et sa conduite. La hiérarchie militaire veille sur la protection des personnels, des installations et des documentations, en prenant comme souci de veiller sur les modalités de leur stockage, de leur circulation et de leur classification selon le niveau de secret. Ce soucie pris au sérieux au sein de la muette sert d’exemple et de rappel à la diplomatie officielle, qui travaille elle aussi, dans l’ombre et dans le secret total.  

Assurément, appelés tous deux à sauvegarder les intérêts de leur patrie, le diplomate et le militaire doivent avoir en permanence le souci de protéger les données et les secrets de leur entourage professionnel et fournir, par la même occasion, un travail de qualité où on sent l’effort et le dévouement. Ils doivent respecter leurs engagements et communiquer avec transparence et honnêteté intellectuelle entre eux et avec leur hiérarchie. Ils doivent éviter de communiquer toute information contradictoire, qui peut retarder une anticipation ou une prise de décision. Ceci s’applique pour les ambassadeurs et les chefs de missions au sein des organisations internationales ou régionales. Parfois, ils sont appelés à passer des séminaires de sensibilisation sur le secret et les conséquences de sa divulgation intentionnelle ou pas. Le plus souvent le secret est codifié et bureaucratisé. On dit souvent dans les milieux de sécurité : « partager un secret avec une personne se transforme en chiffre onze pour ceux qui le connaissent. » Ceci nuit des fois à la bureaucratie lorsque le chef ne partage pas avec ses collaborateurs pour mieux préparer l’avis proposé à la décision.

 Néanmoins, occasionnellement, certains pays envoient des anciens hauts gradés de l’armée aux postes d’ambassadeurs soit dans des régions à risque, soit pour garder certains intérêts militaires ou simplement pour s’en débarrasser. Ce second choix concerne en particulier les Etats du Sud Global. D’autres pays dirigés par des oligarchies militaires donnent plus de poids à l’attaché militaire qu’à l’ambassadeur alors qu’ils doivent travailler en étroite collaboration. Souvent, dans les pays dont le système politique repose sur l’armée on constate que l’attaché militaire a son propre bureau et résidence détachée des infrastructures de l’ambassade. Certains pays du Sud Global, ne respectent pas les accords de Vienne et engagent leur attaché de défense en première ligne, en utilisant des modes réservés à la clandestinité.

Dans le cas de la Chine, qui ne s’ingère pas, généralement dans les affaires de politique interne des pays du tiers-monde, le duo travaille selon les tâches reconnues pour chacun d’eux, mais le plus souvent c’est l’attaché économique qui a le plus de moyens en infrastructures et qui a la raison d’être de la mission diplomatique. Ceci présente une exception par rapport aux autres Etats du monde. Par contre plusieurs Etats occidentaux demandent à leurs attachés de défense d’aider leurs industries militaires, afin de vendre leurs matériels aux forces armées des pays d’accueil.   

Impérativement, le couple diplomatique-militaire, vit au sein   de plusieurs dispositifs de surveillance et de contrôle d’ordre technologique et humain souvent assuré par un représentant des services de renseignement, exerçant à l’ambassade (des fois il porte la casquette soit de conseiller économique, soit culturel ou attaché de presse…). Cet officier de renseignement civil ou militaire, est appelé à protéger le diplomate et le militaire contre tout adversaire, exerçant en clandestinité, de veiller au respect des modalités de sécurité à l’intérieur de la représentation diplomatique ou à l’extérieur et de partager des informations sensibles, qui peuvent porter atteinte aux personnels de la représentation, aux installations, aux documents classifiés et aux matériels d’exploitation.

L’art du langage ne suffit pas souvent pour anticiper les atteintes aux intérêts nationaux. Au contraire, l’outil militaire associé à la diplomatie officielle, sont là pour utiliser le baromètre adaptable à leur milieu et choisir entre la poudre, la mousse, le sable ou l’eau pour éteindre le feu provoqué par les adversaires, avant qu’il ne se propage. Le couple diplomatique-militaire, bien qu’il représente le gouvernement constitue ses yeux et ses oreilles à l’étranger, afin de proposer des solutions justifiées et aider à la décision. Le duo doit être en mesure de faire face à la désinformation menée par les adversaires extérieurs, établis dans le pays d’accueil. Dans son œuvre « Précis de l’Art de la guerre », Antoine DE JOMINI, classe la guerre de l’opinion dans les guerres d’intervention[1].La guerre de désinformation qui est un outil important de la guerre hybride donne de l’avance afin de déstabiliser les pays. Les insurrections, les fratricides et les guerres intestines qu’ont connu certains pays concernés par le « Printemps Arabe » sont dus essentiellement à la désinformation menée par les moyens de communications.

Quoi qu’il en soit, le duo a comme premier objectif de collaborer étroitement, en vue de veiller à la préservation des intérêts nationaux à l’étranger, à participer à la création d’un climat d’entente continue en bilatéral, entre son pays et celui où il est affecté sinon, il fait de même en multilatéral, lorsqu’il exerce dans une organisation internationale. Le fait d’avoir un conseiller militaire ou un attaché de défense dans un poste diplomatique est un signe de puissance et de soft-power qui permet d’assurer la coopération, l’échange d’informations, partager le benchmark et anticiper les difficultés sécuritaires. Comme disait Karl Von Klausewitz : « la guerre n’est qu’une simple poursuite de la politique par d’autres moyens ». L’attaché de défense ou le conseiller militaire fait partie de ce jugement puisqu’il demeure souvent un véritable outil politique, qui appartient à l’exécutif de l’Etat. L’emploi de l’instrument militaire à des fins diplomatiques, basé sur un réseau civil-militaire, en vue de participer à la politique d’influence du pays à l’extérieur et d’anticiper les crises n’est plus un choix, mais une réalité stratégique.

Tout Compte fait, dans le suivi à long terme, le duo doit avoir souvent à l’œil l’analyse des faits des relations internationales par priorité, maitriser les annales de la coopération et du développement et une connaissance du droit international, nécessitant la maitrise de la communication adaptable à la stratégie globale du pays. Cette coopération du couple diplomatique-militaire, permet à la diplomatie d’être préventive et en mesure d’anticiper tout problème grave qui peut se compliquer et devenir une tension dans leur zone de responsabilité. Néanmoins certaines limites doivent être en revue. Car, en majorité, les chancelleries occidentales donnent tout le pouvoir à l’ambassadeur pour diriger et réunir ses conseillers y compris militaire et de service spécial à sa table, afin de collaborer sur les dossiers méritant échange et expertise. Par contre au Sud Global, l’attaché de défense et le représentant des services spéciaux adressent directement le courrier à leur administration de tutelle, sans pour autant partager obligatoirement leurs informations avec le chef de mission diplomatique. Ceci nuit au travail à l’équipe et à l’intérêt stratégique de la politique extérieure du pays.

Les moyens technologiques actuelles appellent le couple diplomatique-militaire à plus de méfiance. Car les moyens de technologie de pointe, se sont développés rapidement et mettent en danger le risque de divulgation des secrets par les moyens de communications devenus facilement abordables, par les internautes et les outils sophistiqués d’écoute à distance. Les moyens de guerre électronique utilisés et les cyberattaques perpétrées contre les installations informatiques civiles et militaires sont devenus une monnaie courante dans les conflits contemporains. Même, les pays développés n’échappent plus aux cyberattaques et aux écoutes de leurs adversaires.

Qui plus est de constater que pendant la dernière décennie, le conflit est devenu hybride et nécessite une grande vigilance vis-à-vis de la désinformation, qui nécessite une grande maitrise de la cyberdéfense et de l’intelligence artificielle. Ce sont des enjeux auquel est exposé le duo diplomatique-militaire qui nécessite une grande méfiance et h vigilance. Sans compter la guerre d’opinion entre Russie et Ukraine ou pole occidental et Iran contre Israël, le 10 décembre 2025[2], grâce à l’intelligence artificielle, un faux reportage a annoncé un coup d’état en France largement diffusé sur les grands réseaux sociaux du monde.        


[1]  P 22 « Précis de l’Art de la guerre », Antoine DE JOMINI ? Edition Collector, collection Militaris Belli, « les guerres d’opinion entre deux Etats appartiennent aussi à la classe des guerres d’intervention ; car elles résultent soit de doctrines qu’un parti veut propager chez ses voisins, soit de de dogmes qu’il veut écraser conduisant dans les deux cas à l’intervention. Bien qu’ayant leur origine dans des dogmes religieux ou politiques, ces guerres sont des plus déplorables ; car, comme les guerres nationales, ils enrôlent les pires passions, et deviennent vindicatifs, cruels et terribles. »

[2] Lire : https://fr.euronews.com/2025/12/17/un-coup-detat-en-france-la-fake-news-que-facebook-refuse-de-retirer   « Le président français Emmanuel Macron est remonté contre Facebook, après la publication le 10 décembre d’une fake news aux 13 millions de vues, annonçant un coup d’état en France.   Dans une vidéo générée par l’IA reprenant les codes d’une chaîne d’information en continu, une journaliste avec un micro en main annonce, devant une foule en colère en pleine crise agricole : “À l’heure actuelle, les informations non officielles évoquent bien un coup d’État en France, dirigé par un colonel dont l’identité n’a pas été révélée et la possible chute du président Emmanuel Macron. »