Washington DC. Jeudi 4 décembre 2025. Paul Kagame (Rwanda) et Félix Tshisekedi (RDC) se sont retrouvés aux côtés du président Donald Trump pour entériner l’Accord de Washington signé le 27 juin 2025 par les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda. La cérémonie de cette solennité a eu lieu en présence des quelques Chefs d’État africains dont ceux du Burundi, du Kenya, de l’Angola, du Togo impliqués dans le processus de la recherche de la paix dans la région des Grands Lacs.

L’Accord de paix entériné au plus haut niveau se résume en 8 points essentiels dont le soubassement reste la Résolution 2773 du 25 février 2025 du Conseil de sécurité des Nations-Unies réaffirmant la souveraineté de la République démocratique du Congo, l’intangibilité de son territoire, le retrait des troupes rwandaises de son sol, la cessation de tout soutien par le Rwanda aux rebelles du M23, la neutralisation des FDLR … 

L’Accord de paix entériné par les trois Chefs d’État a créé une fortune diverse dans son interprétation et sa compréhension d’autant plus que certains y voient l’aliénation par le président Félix Tshisekedi des ressources naturelles du Congo notamment les minerais critiques et les terres rares dans la partie orientale de la RDC contre de maigres résultats en échange d’une paix qui tarde à venir dans l’est de la RDC.

Une première dans l’histoire du Congo

Pour de nombreux analystes y compris le gouvernement congolais, cet événement constitue une première dans les annales de ce pays qui a vu naître et mourir Patrice Lumumba. Les tenants de cette thèse argumentent que depuis 1885, la Conférence de Berlin avait décidé du sort du Congo sans consulter les Congolais. Il en a de même pour l’État indépendant du Congo (EIC) avec le roi Léopold II tout comme lors de sa cession à la Belgique en 1908. L’on rappelle aussi que les États-Unis n’avaient obtenu aucun consentement des Congolais lorsqu’ils ont utilisé son uranium pour massacrer des populations japonaises à Hiroshima. Plus près de nous, les minerais du Congo ont été à la base de la sécession katangaise ayant conduit à l’assassinat de Patrice Lumumba et de la mutinerie de Bakwanga en 1960. Et donc, l’Accord de paix de Washington est une première (mal/bien) négociée par des Congolais. Sa haute portée tient à ce qu’il inclut diverses dimensions dont la sécurité, la paix et le développement. Bien plus, sur les pas de la défunte Communauté économiques des Pays des Grands Lacs (CEPGL regroupant le Rwanda, le Burundi et l’ex Zaïre), l’Accord de paix de Washington se veut dans sa dimension de résolution de la crise des Grands Lacs un grand projet intégrateur pour la République démocratique du Congo et ses voisins. Sur ce point, Félix Tshisekedi se félicite d’avoir osé et, si demain, tout est appliqué, il se targuera d’avoir été le premier à proposer et trouver une solution durable à la crise qui secoue la région depuis des décennies. Il se targuera d’avoir amené les Congolais à la table des grandes puissances pour discuter de l’avenir de leur pays à travers le trinôme Paix- Economie-Développement.

Les grandes lignes de l’Accord de Washington

L’Accord de paix de Washington ne peut être compris que comme le cheminement de la globalité des accords signés après tant de rendez-vous ratés pour la cessation des hostilités et le retour d’une paix durable à l’est du Congo et dans la région des Grands Lacs. Il englobe plusieurs instruments dont la Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU et toutes les perspectives sur la pacification de l’est du Congo et de la région des Grands Lacs. En terme simple, cet Accord signifie Minerais contre Sécurité pour que le Congo récupère l’entièreté de son territoire, aspire à la paix et au développement mais il est englobant et complexe parcequ’il touche de nombreux secteurs de la vie des populations des pays autour de la RDC.  L’Accord de paix de Washington crée un Cadre d’intégration économique régional (CIER) partant du fait que les causes profondes de la crise sont avant tout et surtout économiques relevant de la volonté des puissances d’accéder aux matières premières dès la fin de la guerre froide. Face à la RDC ayant perdu le monopole de violence d’État avec des zones grises notamment dans la partie orientale, le pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) avec à sa tête Paul Kagame avait été choisi comme la 3ème voix pour accéder aux ressources naturelles de la RDC. Les grandes puissances anglo-saxonnes ont alors soutenu et poussé l’Ouganda et le Rwanda à envahir la RDC. Le CIER repose essentiellement sur l’agriculture, l’énergie, le tourisme et les matières premières.

L’Accord ouvre aussi un partenariat stratégique dans les relations bilatérales entre la RDC et les États-Unis d’Amérique. De ce fait, l’Accord de Washington ne peut entrer en vigueur que s’il y a retour effectif de la paix dans l’est du Congo. C’est ici que se joue comme un défi lancé à l’administration Trump de sécuriser l’accès de son pays aux minerais critiques de la RDC à travers le volet commercial et économique, institutionnel et de bonne gouvernance. D’où le Mémorandum d’Entente dans le domaine de la défense et de sécurité et le cadre pragmatique pour organiser les relations économiques entre les deux États. Ce, dans le long terme.  L’accès aux minerais de la RDC permet aux États-Unis de demeurer et de se maintenir sur l’échiquier mondial. Et la paix est une condition sine qua non pour y accéder.

La situation sur le terrain. Entre doute et espoir

Depuis le 4 décembre 2025, les médias périphériques annoncent l’avancée des troupes de la RDF/M23 vers Uvira et l’occupation de certaines localités congolaise avec un œil pour l’envahisseur sur le Burundi. Depuis mercredi 10 décembre 2025, la ville d’Uvira est passée sous le contrôle des rebelles. Ce qui crée le doute et ronge la crédibilité des signataires. Comme dans la guerre Israël contre la Palestine (le Hamas), la situation sur le terrain devra s’adapter et suivre les réalités diplomatiques. Les attaques lancées par la coalition RDF/M23 contre les positions des FARDC qui ont précédé et suivi la signature du 4 décembre 2025 sont-elles à placer dans les douleurs d’accouchement tant les habitudes ont la peau dure ?

A moins d’un revirement suicidaire, l’engagement des Chefs d’État à travers l’entérinement de l’Accord via leurs signatures les lie devant l’histoire et les poussent à s’engager. Même contre leur volonté. Paul Kagame continuera-t-il a narguer la communauté internationale et surtout le parrain américain ?

Il existe une fourchette des sanctions qui seront appliquées notamment le gel des avoirs, le refus des visas, la Cour pénale internationale pour ceux qui seront dans la liste noire. Le monde regorge des exemples qui font jurisprudence tels Jonas Savimbi (Angola), Mobutu Sese Seko (Zaïre).

Toutefois, on ne devrait pas perdre de vue qu’un accord est fait pour être violé mais également pour donner vie surtout lorsque l’engagement a été pris solennellement au plus haut niveau. Les condamnations verbales ne suffisent pas face aux souffrances des milliers de populations. Il faut agir avec fermeté. Sauf pour les caciques de deux côtés et tous les charognards qui tirent profit de cette guerre, l’Accord de paix de Washington augure un destin commun des populations des Grands Lacs qu’il faille construire dans la paix et la sécurité pour une coexistence de prospérité entre les peuples de la région des grands Lacs. Il doit être soutenu et accompagné par tous. L’espoir est donc permis. Il faut saisir cette chance unique pour les Grands lacs africains.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Journaliste d’investigation et écrivain

Spécialiste des questions de défense et sécurité et du Terrorisme

Enseignant du module Contre-insurrection et Terrorisme à l’École de Guerre de Kinshasa